AIRATZE-ENVOL 8 août 2020 à Urzumu-Itxassou

Les orages ont nettoyé le ciel implacable de ces premiers jours du mois d’août. Il fait très chaud et très beau ce 8 août à Itxassou… Un léger vent de nord-ouest caresse la colline d’URZUMU comme nous le souhaitions…
L’ULM tractant les planeurs pourra donc décoller vers Larrun / La Rhune au bout de cette ligne noire goudronnée, la piste d’envol  !

…piste d’accélération, trait de calligraphie noire au milieu de l’herbe de la colline par où s’élancent les avions entre l’Ursuya et La Rhune….
Décollage :  le léger ULM est à l’avant, à peine audible… et à l’arrière, accroché à la corde de 13 mm que nous connaissons aussi très bien en escalade, le planeur, hésitant mais déjà s’élançant au-dessus du sol de la colline, tanguant de gauche à droite… une danse qui tient à la fois de la mobylette et de l’aigle, aigle qu’il deviendra entre de bonnes mains là-haut dans le ciel d’Urzumu.

Ici, le ciel est vivant et la vue est immense… Un vol de milans, six au moins, passe…. et soulevés, aspirés par l’air chaud, les vautours ont saisi les courants ascendants pour leur ballet splendide de lenteur, très haut dans le ciel…
Peut-être quelque mésange audacieuse aura saisi le même ascenseur, comme nous le racontent  les vélivoles surpris de voir ces petits oiseaux si haut en leur compagnie. Déjà toute une métaphore de la vie dans cette quête des ascendances, une quête attentive nourrie par la science, les savoirs et les expériences, mais aussi inspirée, espérée par l’intuition.

Oui, d’ici la vue est immense, vers la Côte basque, vers les Landes au loin un peu brumeuses en ce 8 août… et vers la trouée de la Nive,  vers le pic d’Orhy en  Soule, le premier 2000 depuis l’océan.
Dans la légère pente qui s’adoucit vers la piste, exactement à 35 pas de la piste goudronnée, nos chaises de bois sont installées avec discrétion et distanciation… Pas de scène habituelle ni de barrières, pas de gradins, Airatze n’impose pas sa marque au paysage.
Pour nous, le paysage ne se limite pas à un cadre, à un décor, il est le lieu espéré d’une sorte de rituel festif, au sens de gaieté profonde. Il est non seulement l’écrin mais « l’accueillant » exact, le partenaire, le lieu d’écriture. C’est lui qui nous guide, tout comme les vélivoles pour qui ce paysage est à la fois si familier et si surprenant, si chevillé à leurs passions.
Les musiciens s’installent dans le public. Ils ont suivi depuis quelques jours l’émergence, la création d’Airatze avec les danseurs guidés par leur chorégraphe Eneko Gil… La découverte émerveillée de cette scène imprévue est désormais en eux comme un trésor.

Beñat connaît, pour y avoir auparavant marché lentement, plusieurs fois déjà, l’incroyable beauté de ce trait noir où ils danseront tout à l’heure et que les vélivoles ont dans leurs veines. Pour les danseurs, c’est la découverte d’un espace intime avec la surprise des sons, des musiques qu’ils découvriront tout à l’heure pour la première fois… et découverte aussi pour les musiciens qui improvisent avec Airatze !
Les musiciens sont hyper-concentrés en voyant les danseurs s’échauffer, en voyant le vent animer les drapeaux des makilaris d’Itxassou… Quelques repères vont jalonner l’improvisation, de nombreuses discussions à Garazi et à Itsasu ont préparé musiciens et danseurs/ses à cet envol… Pas de fébrilité chez eux/elles mais une extrême attention. Les musiciens sont déjà traversés par des sensations qui ouvriront le passage aux musiques libres qu’ils joueront tout à l’heure pour les danseurs.
Dès le matin du 8 août, l’aérodrome d’Urzumu est déjà bien vivant…
Alors que nous approchions le matériel nécessaire au spectacle près du Hangar Ouest, celui des pionniers du Vol à voile, Urzumu était  déjà occupé par les aéromodélistes. À partir de 13h30 nous rencontrons les responsables du Centre de Vol à Voile qui vont vivre leur passion   jusqu’au soir. Ils ouvrent le hangar, les planeurs encore ensommeillés sous les voiles blancs qui les recouvrent apparaissent.
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Ah ! ce hangar…parpaings et tôle ondulée, un « point eau », un « point électricité », des tableaux encore vides.
Une simplicité respectueuse et savante où l’indispensable a sa place et sa raison d’être… les planeurs sortent, prennent l’air, disponibles…
C’est ensemble que nous avons travaillé avec André Sabarots, président du club de Vol à voile, pour implanter le projet sur l’aérodrome… traçant les repères au sol afin d’incarner Airatze à Urzumu sans gêner pour autant l’activité de Vol à voile…
Tout se passe bien, nous cohabitons harmonieusement sans nous gêner, artisans d’un projet commun bien pensé, avec tranquillité et attention réciproques. Que tous en soient remerciés.
Bien avant  le spectacle, l’aérodrome vit sa vie et les vols se succèdent pour notre plaisir… les envols sont superbes dans un ciel bleu magnifique, ils se concluent d’ailleurs par des saluts partagés… Tractés par l’ULM dans son couloir de vol délimité avec précision, plusieurs planeurs sont lâchés dans le ciel.
André Sabarots avec qui Beñat doit animer la causerie de 17 heures en l’absence de Francis Marmande, souffrant et bloqué à Paris, est en vol quand Beñat commence sa prise de parole. André le rejoindra au moment opportun pour conter l’histoire de l’aérodrome et du Vol à voile à Itxassou. Beñat conclut en expliquant le lien entre l’homme et l’oiseau dans la culture basque par l’intermédiaire du souffle et de la flûte…flûtes retrouvées à Otsozelaia, elles datent de plus de 30 000 ans et sont taillées dans l’os du milieu de l’aile des grands rapaces … Les « basa ahaide », ces chants sans paroles dédiés aux grands rapaces que lui et Julen chanteront tout à l’heure, étaient dit-on dansés par les chanteurs qui les interprétaient dans la montagne.
Avec l’envol du planeur à 18h, Airatze peut alors commencer.
Les cinq danseurs se placent sur la ligne noire de la piste d’envol. Au bout, avec l’Ursuya en perspective, les danseurs d’Itxassou se mettent en place et agitent leurs drapeaux en spirales renaissantes… ils sont le vent… la danse s’empare peu à peu des danseurs…

Tremblements… les bras, les corps entiers s’élancent .. en tournoiement de spirales renaissantes dans le vent.
A trois, puis à cinq, les danseurs racontent le vent… La musique est à la fois tellurique et très souple… traversée musicale splendide de Nicolas Nageotte improvisant de sa longue clarinette turque au milieu  des corps tournoyants vers Zibel Damestoy dont il accompagne le solo face à la Rhune.

Le deuxième mouvement est habité par la marche dansante des cinq danseurs accompagnés par la txalaparta et la batterie… marche qui se transforme en pas chassés souletins très vifs… ah, les immenses sauts d’Iban Garat !  Une fleur de corps se fait et se défait lentement… une fleur ardente qui se prépare aux envols…C’est alors le basa ahaide Ügatza  chanté par Beñat qui soutient en traversées et ascendances la danse d’Oihan Indart… puis l’image d’une sculpture de corps vivants se crée vers qui les makilaris avancent au son des cuivres des musiques de Garazi jouées par Txinpartak…. .tournoiements du bâton dans le silence. Arthur Barat s’élance à son tour, rejoint dans sa splendide traversée par Ioritz Galarraga. Corps à corps  sauvage sur le basa ahaide Arranoa chantée par Julen Achiary qui les emporte…
Et les cinq danseurs se rejoignent vers l’Ursuya pour le dernier mouvement d’Airatze qui est d’une grande intensité… Soutenus par un rythme de ttun ttun obsédant, par la txalaparta et par l’accordéon dans un obstinato puissant, les danseurs de Bilaka s’élancent ensemble dans des bonds tournoyants ; on entend leurs souffles… une transe puissante s’empare d’eux et cet unisson implacable ralentit enfin.
Et c’est alors que sur toute la longueur de la ligne noire de la piste d’envol, lentement,  la flûte-fifre de Xabi Setoain trace et faufile un fil sonore rêveur au milieu des danseurs pour finir face aux montagnes et à l’espace libre ! Sons d’une enfance retrouvée qu’il offre en regardant le ciel. Un dernier envol de planeur, un pilote de 15 ans aux commandes, achève la performance…
Les danseurs et les musiciens  se retrouvent sur la piste et saluent… le public se lève, enthousiaste devant la magie et la poésie de ce moment vécu intensément…
Ainsi s’est déroulé le projet Airatze/Envol événement alternatif  au 25ème Errobiko Festibala annulé pour cause de COVID19…        Airatze/Envol a été conçu et créé par l’association Ezkandrai avec le directeur artistique Beñat Achiary pour la conception de l’ensemble du spectacle et les propositions musicales, avec les danseurs de la Compagnie Bilaka nommés plus haut et le chorégraphe Eneko Gil,  avec les makilaris d’Itxassou guidés par Alain et Iban Saldumbide, avec les musiciens Julen Achiary /chant et batterie, Nicolas Nageotte /clarinette, sax alt, Beñat Achiary /txalaparta et chant, Jean-Christian Irigoyen /accordéon, Ringo Irigoyen /beat box, Patrick Loustau /trombone, Juan-Miguel Cantero /sax alto, Xabi Setoain /fifre, sax soprano, clarinette, avec Didier Teilagorry /son et le soutien de J. Bernard Barrenqui /Musik Olha, avec Jérémy Hugues de Ekarr /captation filmée,  avec le soutien de Philippe Dupont /régie et l’aide de Michaël Benet, avec l’équipe des bénévoles d’Ezkandrai / administration, communication, accueil du public et des artistes, billetterie, sécurité, réception… en accord et partenariat avec l’association de Vol à voile d’Itxassou représentée par André Sabarots et ses amis vélivoles  du Centre de Vol à Voile, avec le soutien de la mairie d’Itxassou et de son nouveau maire Mizel Hiribarren.

Crédits photos : Jean-Claude Jouaret et Benat Achiary

En cette période troublée par le COVID 19 qui a vu l’annulation de nos festivals 2020  et de tant d’événements culturels, ce projet alternatif a été mené grâce à la volonté et à la ténacité des membres d’Ezkandrai pour soutenir les artistes en difficulté et maintenir vivante la création artistique en Euskal Herri. Soulignons aussi  que ce projet alternatif a pu voir le jour grâce au maintien des soutiens de la Région Nouvelle-Aquitaine, du Conseil Départemental 64, de la DRAC Nouvelle-Aquitaine, de Euskal Kultur Erakundea-Institut Culturel Basque, de Malandain Ballet Biarritz et d’un public fidèle qui attendait un signal fort de  notre part.

Merci à tous/tes et RV pour le prochain événement alternatif d’Ezkandrai « Contes et chants », d’abord prévu pour le 29 août mais que nous avons dû reporter à septembre… la gestion de la situation actuelle est complexe…
L’équipe de l’association Ezkandrai