Régis Gizavo

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Régis Gizavo Madagascar
Son accordéon sauvage respire des rythmes endiablés de son pays. Le chant l’envahit et il se donne à lui… Ce chanteur magnifique, le batteur David Mirandon, simple et profond…
et Patrick Goraguer au piano soufflent sur les braises de cette musique de transe et de fête …
Sur scène, de pimpantes mamies portant jupettes sur collants noirs, petites socquettes rouges et blanches, baskets : les Mahotella Queens, messagères revigorantes de la musique sud-africaine. Ce soir, un orchestre resserré les entoure. Un trio exemplaire de justesse, formé autour de l’accordéoniste malgache Régis Gizavo, avec David Mirandon, son percussionniste-batteur attitré, et Louis Mhlanga, un guitariste originaire du Zimbabwe. Tous les trois vont sortir un album ensemble l’année suivante, Stories, sur le label Marabi. Ce trio associé aux Queens est une formule composée spécialement pour l’occasion, cela peut s’appeler une création. Paris 1990, un nouveau musicien débarque dans le paysage, avec son accordéon sur le dos et un prix Découvertes de RFI en poche. Il s’appelle Régis Gizavo. Personne ne le connaît, pourtant, quinze ans avant la jam avec les Mahotella Queens, à peine arrivé, il enchaîne les camarades de jeux, dans les registres les plus divers. Le batteur Francis Lassus l’invite dans Bohé Combo, puis on va l’entendre aux côtés de Graeme Allwright, sur les albums de Zao, Higelin, des Têtes Brûlées… En 1993, il devient l’accordéoniste d’I Muvrini, en remplacement de Daniel Mille. En 2002, il tourne en Afrique du Sud avec l’accordéoniste Marc Berthoumieux et collabore à l’album Falange Canibal du Brésilien Lenine. L’année suivante, il participe au Voz de Amor de Cesaria Evora et s’implique dans le Malagasy All Stars, avec Fenoamby, Justin Vali, Dama et Erick Manana. On l’a aussi entendu avec Boubacar Traoré et sur les derniers albums de Mano Solo. Tous deux seront ses invités à Fougères, ainsi que Graeme Allwright, «le premier artiste que j’ai accompagné en arrivant en France», raconte Gi- zavo.
C’est la première fois qu’on lui offre une carte blanche. Il se réjouit de ce nouveau moment partagé en perspective. Inutile de dire que si les budgets étaient extensibles, il en inviterait du monde ! Son carnet d’adresses, on l’aura compris, est particulièrement fourni. «J’aurais bien voulu que Louis Mhlanga soit là, mais il n’était pas dispo. En tout cas, j’espère aussi pouvoir faire venir, si le festival est ok, la chanteuse flamenco Joséphina, que j’ai connue avec I Muvrini».
D’où lui vient cette envie permanente de se connecter avec tant de musiciens et chanteurs, comme il le fait depuis son arrivée en France ? «Ça m’a toujours intéressé de jouer avec des gens d’univers différents qui n’ont rien à voir avec la musique malgache. Ma culture, ce sont mes oreilles, je suis un musicien d’instinct et pour moi c’est très excitant de faire des choses nouvelles, que je ne connais pas. Par exemple, avec Mano Solo, je joue de la valse, alors que je n’en avais jamais fait. C’est enrichissant, une ouverture pour moi d’aller à la rencontre d’autres mondes.» Dans son prochain album, il y aura une kora et puis un joueur de tabla indien, rencontré au cours de son périple en Inde il y a quelques mois. Car ses multiples collaborations ne lui font pas oublier l’essentiel, sa propre carrière. «J’aime bien rencontrer les gens, mais si j’ai fait 12.000 bornes, c’est que j’ai mon truc à faire passer aussi». Un «truc» qui a germé autrefois «là-bas», quand il pêchait près de Tuléar (aujourd’hui Toliary), sur la côte sud-ouest de Madagascar, d’où il est originaire. Il n’arrétait pas de chanter. C’est comme ça qu’il s’est fait la voix. Une voix ample et forte, à l’émotion acérée, qu’il lance désormais conquérante, au-dessus de son accordéon, un instrument appris dès l’enfance, à l’époque où sur l’île on payait en têtes de zébus les meilleurs accordéonistes qui animaient fêtes et rituels.
Lui-même avait tout juste six ans lorsqu’il a commencé à jouer dans les fêtes de son école avec l’accordéon diatonique de son père instituteur. Plus tard, quand celui-ci est passé au chromatique, le petit, naturellement, a suivi. Il n’a pas tardé ensuite à se constituer un répertoire, et commencé à faire danser les gens du coin avec son premier groupe, Les Flibustiers. Puis Régis Gizavo a intégré les Sailors, un groupe professionnel, un vrai. En 1989, il se mettait à enregistrer ses propres compositions et fondait le groupe Jihé avec le guitariste D’Gary. L’année suivante, lauréat des Découvertes de RFI, il tournait la page. En route pour la France et les rencontres tous azimuts. S’il avait lui-même la possibilité d’offrir une carte blanche à un artiste, qui donc choisirait-il ? «Lenine !» répond tout de go Régis Gizavo.